

| DEZED DZ ******1973 - 1983, comment évoquer cette décennie du "renouveau culturel corse" sans tomber dans le piège de l'hagiographie ? Quel sens peut avoir dans l'époque troublée que nous vivons, le désir de consacrer un livre au groupe "Canta u populu corsu", avec tout ce que cela comporte, dans sa nomination même, de référence à un passé, une mémoire proche, mais déjà "mythifiée"... ? Participer de cette entreprise n'est-ce pas vouloir, même si l'objet se veut seulement témoignage critique d'un itinéraire musical riche, contribuer à recréer du "lien social", une convivialité, là où tout se délite, là où cela fait cruellement défaut ? Encore une fois, retourner à l'origine, quand dans cet univers fusionnel tout est encore possible... Les enjeux idéologiques des années 1970 s'inscrivent en Corse, comme dans tout l'ensemble occidental, dans l'héritage de la "pensée 68", qui a profondément marqué l'histoire des idées : révolte anti-autoritaire, mouvement libertaire, sentiment que la révolution ne se fera pas dans un lendemain qui chante, mais par la mise en oeuvre de pratiques locales de remise en question du pouvoir de l'Etat et du capitalisme. L'avènement de l'homme "unidimensionnel" révélé par Marcuse, et indispensable à la bonne reproduction du capital, à la "mondialisation" d'un système économique, social et culturel se heurte à une résistance déterminée: de nouveaux terrains de luttes s'ouvrent, c'est le retour à la terre, la recherche des racines (cf le Larzac). L'écologie en tant que telle, naît , les revendications identitaires fleurissent. Mais en même temps que se fait jour la nécessité de se réapproprier une histoire, une identité, jamais vraiment reconnues, (Pays Basque, Bretagne, Corse), s'affirme la conviction que ces peuples qui forment des "Etats-nations", encore tout-puissants, ne doivent pas devenir des "entités totalitaires" qui refusent de reconnaître en eux, et à coté d'eux la figure de l'Autre; au contraire, ils se doivent de proposer une alternative fédérale ou confédérale pour la construction d'un monde plus juste où les cultures coexistent, en se respectant. L'internationalisme et la solidarité entre tous les peuples sont encore pensés comme essentiels .... Si la Corse n'échappe pas à ce mouvement il y prend bien sûr une résonance particulière. Après 30 ans de "purgatoire" le "corsisme" plongé dans la honte de s'être trompé d'histoire par l'irrédentisme d'avant-dernier, renaît : la revendication Corse prend la forme, dans les années 60, d'une réaction défensive profondément étayée sur des préoccupations économiques, sectorielles et ponctuelles. Le régionalisme apparaît et, d'emblée, dès la création de l'ARC en 1967, le chant va mobiliser l'image d'une communauté en train de se perdre, et l'émotion de pouvoir ensemble, la ressouder autour d'hymnes emblématiques tels que "U culombu" ou "Diu vi salvi Regina". Après le régionalisme, l'autonomisme va progressivement évoluer vers la prise en compte de l'idée de "Nation" et avancer l'analyse de la Corse "colonie française". L'histoire de celle-ci a toujours été caractérisée par le désir , conscient ou non formulé, de se constituer en véritable nation. Deux références, Sambucucciu et la "terre du commun" en 1358, Pascal Paoli et l'indépendance, fondent et légitiment ce sentiment national : un pays sous tutelle, qui lutte passionnément pour sa liberté, qui préserve sa langue, sa culture, de toute assimilation à la puissance extérieure, fier et énigmatique, avec un peuple profondément solidaire et égalitaire... Le propos n'est pas ici de questionner les chercheurs pour savoir si cet âge d'or a jamais existé... la reconstruction imaginaire, fantasmatique de sa propre histoire n'est elle pas plus opérante, car la conscience collective du peuple s'y enracine ? Mais cela produit quelque fois dans la société, si l'on n'y prend pas garde, des rejetons monstrueux ... Marie-Jeanne Nicol
Auteur: DZDEZED Tags: ARMATACORSA CORSE FLNC GUERRE POLICE TRAFIC Ajoutée: dimanche 23 août 1914 00:37:35 |